Limimbout ZAD

 Dès sa présentation au public vers la fin des années soixante le projet d'aéroport a connu une opposition diverse. Au début, des collectifs de paysan.ne.s se créent pour défendre la terre nourricière et tout ce qui les fait vivre. Suivent des citoyen.ne.s et des élu.e.s qui s'attellent à déconstruire l'argumentaire des porteurs du projet, et un mouvement de personnes venues occuper terres et bâtis pour faire barrage aux machines et défendre une terre et l'idée qu'elle soit ouverte à la vie sous toutes ses formes.

L'avenir comme objectif

Le mouvement a su se projeter dans l’avenir alors même que l’objectif d’abandon pouvait sembler fort lointain. Sur la base d'une charte "rédigée au sein d’une assemblée régulière ayant pour objet de penser l’avenir des terres", et diffusée dès la fin 2015, diverses volontés ont commencé à se mettre en œuvre. Les principes forts dégagés dans cette charte ont guidé notre action et demeurent d’actualité.

Parmi ces principes, la volonté "que ce soit (...) le mouvement anti-aéroport et non les institutions habituelles qui détermine l’usage de ces terres" ou encore "que ces terres aillent à de nouvelles installations (...) et non à l’agrandissement". Après l’abandon, l’état a opposé un veto farouche à toute idée de gestion collective du territoire.

La richesse de la diversité

sphaigne des landes du bocage ZAD

Alors que sur la zad se développe des formes de vie basées sur l’entraide, la mutualisation et les solidarités, toutes les composantes du mouvement, riches de leurs différences, ne vont pas cesser d'inventer des formes d'expertises libres pour se rebeller contre les injures à la bonne logique dont le projet se couvre alors. Les Naturalistes en lutte, pour leur part, ont mis en avant la richesse incomparable de ce bocage unique qui a conservé son réseau de mares, de haies et de bosquets. Des aspects de la biodiversité définitivement perdus ailleurs et qui sont ici garants de la qualité des eaux et de l'essor de la vie sauvage avec plus de 1500 espèces inventoriées. Suite à l'opposition au projet, un niveau de connaissance rare de cette biodiversité s’est développé, et une fédération de personnes qui ont lié leur vie à la défense du bocage. Quant aux forestier.ère.s ils/elles ont inventorié et entretenu collectivement depuis des années les espaces boisés avec l'idée d'en garder la gestion sur le long terme.

Au niveau agricole, des rotations et des associations ont été mises en place et les espaces non cultivés sont mis à profit en tant que réservoirs biologiques. Des techniques de cultures permacoles sont expérimentées, aussi bien au niveau vivrier qu'à grande échelle, afin de tendre vers une agriculture naturelle et résiliente. Plus récemment sont aussi intervenus des architectes qui travaillent à la conception et au maintien des habitats légers inventifs et auto-construits ou la reconstruction des bâtis détruits ces dernières années.

Des pratiques innovantes et solidaires

Toutes ces énergies ont créé des liens et des solidarités inédites, marquées d'une forte créativité. Des pratiques agro-culturelles innovantes se sont mises en place, respectueuses de leur environnement, économes en énergie et en matériaux tant pour la production agricole proprement dite que pour la (re)construction des habitats. Ces pratiques, issues de discussions collectives, sont ancrées dans la solidarité, l’entraide, la mutualisation des savoirs, l’expérimentation… Elles ont porté le développement d’une sociabilité et d’une économie non-marchande au travers d'une vie communautaire. Des activités culturelles (bibliothèque, groupe musicaux, rap, chorale …) et des activités artisanales (meunerie, boulange, conserverie, tannage…) y ont vu le jour. Une culture de l’accueil s’y est développée, contribuant à faire de ce lieu une référence et un point de gravitation pour d’autres lieux, un carrefour de luttes.

On ne saurait faire vivre un territoire rural sans les gens qui l'habitent et leurs manières singulières de s'y rattacher.

C'est pour se donner la possibilité de pérenniser l'expérience qui s'est développée au travers de la lutte contre l’aéroport que nous avons décidé d'acquérir les terres, les forêts et les bâtis.

domes Gourbi reconstruction sur la ZAD